Le concept de l’autorisation dans les relations

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Autorisation clé

Récit de mon anecdote : l’autorisation

Mon épouse est psychothérapeute. Et il y a quelques années maintenant au démarrage de son activité, à l’ouverture de son cabinet j’étais tellement heureux pour elle et tout excité que je partageais cette nouvelle avec tout le monde. Parmi les petites actions que j’ai réalisées : j’avais pris en photo sa carte de visite et l’avais envoyé à mes contacts. Un de mes contacts (appelons le ici ‘‘Albert’’) qui était TRÈS intéressé par ce milieu, me posait tout un tas de questions sur les études que mon épouse avait suivie, sur son carnet d’adresse, si elle avait beaucoup de clients, quels types de problématiques elle traitait…etc

bien-sûr moi en bon avocat et aussi par fierté je me suis mis à argumenter, expliquer et « défendre » mon épouse et vanter les mérites des différents établissements qu’elle avait fréquenté. sans le savoir je donnai une autorisation inconsciente à Albert d’en demander davantage.

J’ai oublié de préciser que je rencontrai Albert régulièrement sur le quai du métro et nous partagions une partie de notre trajet au cours duquel il me posait des questions et moi… je répondais…

Cette situation s’installa dans le temps sans qu’elle ne vienne me poser un quelconque problème, j’étais en effet content de parler de sujets passionnants pour moi et de partager un retour d’expérience et ainsi en      courager Albert à réaliser ses rêves. Ceci se poursuivi donc, jusqu’au jour où l’excitation passée je commençais à prendre du recul et à récupérer toutes mes capacités d’analyse. Je notai alors que Albert ne s’intéressai à moi (ou plutôt à l’activité professionnelle de mon épouse) uniquement par intérêt. Le fait d’avoir aiguisé mes sens et mon analyse de situation me fit voir des nouvelles choses, des choses que je voyais en réalité déjà mais que je passais sous silence ou que je refoulais.
Parmi les choses m’ayant le plus frappé figure le fait que Albert avait pris l’habitude et la liberté de poser à chacune de nos rencontres la question exacerbante suivante :

« et ta femme ça va ? ».

Au début ceci m’avait bousculé mais étant de nature gentille j’avais fait l’effort de rejoindre Albert dans son monde et j’avais compris ce qu’il voulait dire.

Ceci m’avait heurté dans ma carte du monde, je trouvais cette question déplacée et impudique. Je suis convaincu qu’Albert ne cherchait aucunement à me blesser ou me provoquer en me posant une telle question. Il voulait simplement dire à travers cette question maladroite « parle-moi de l’activité de ta femme, a-t-elle beaucoup de patients qui viennent consulter ? a-t-elle suivi une nouvelle formation ? comment a-t-elle financé son parcours et obtenu tous ses diplômes… » voilà ce à quoi pensait Albert à travers la question « et ta femme, ça va ? ».
Ceci m’ayant touché je n’avais pas réagi sur le coup. Lorsque je dis je n’avais pas réagi c’est-à-dire extérieurement, mais intérieurement j’avais réagi, émotionnellement j’étais touché, j’éprouvais de la colère face à cette situation, de l’irrespect pour ma personne et je comptais réagir. Je m’étais donc préparé à une prochaine rencontre avec Albert pour avoir de la répartie lorsqu’il me poserait cette question. Lorsque celle-ci se présenta Albert était en compagnie d’une tierce personne, je décidai alors de les rejoindre et d’affronter mes peurs, car oui j’avais peur, peur d’affirmer mes positions surtout quand il n’y a pas de conflit apparent, quand les choses se sont installées et les rôles de chacun des protagonistes endossés.
Je les rejoignis, échangeons quelques phrases sur l’actualité en surface et très tôt Albert ne résista pas à me poser la question fatidique « et ta femme ça va ? »

Il me fallait inverser la vapeur et cesser cette autorisation que j’avais donné, alors Je pris une grande respiration, une posture ouverte, le regarda droit dans les yeux avec un sourire et lui rétorqua :
« oui très bien !  et toi ta femme ça va ?? »
A ce moment son visage se décomposa, il essaya de marmonner quelque chose mais n’y parvins pas et je m’orienta vers la tierce personne pour casser la discussion et embrayer sur un autre sujet….

J’étais fier de moi. Fier d’avoir géré cette relation qui n’était pas saine pour moi, pas écologique pour mon système. Plus tard lorsque je recroisai Albert toujours de manière inopinée, celui-ci ne me parla plus jamais de ma femme. Le message était passé. Puis avec le temps il s’écarta de moi et nos rencontres se firent de plus en plus espacées. Les rares fois où je le croise nous échangeons quelques mots et nos discussions s’apparentent à celles que vous pourriez avoir avec votre boulanger ou votre coiffeur, des discussions de surface.

Analyse de mon anecdote sur l’autorisation :

Analysons cette anecdote point par point pour faire ressortir toutes les « erreurs » que j’ai commises qui aurait pu conduire à un conflit si je n’étais pas intervenu à temps.

Ceci permettra de mettre en exergue les concepts clés à retenir notamment celui fondamental de l’autorisation.

Règle numéro 1 : Payer le prix 

payer le prix

J’avais précisé que Albert et moi nous nous rencontrions de manière fortuite, non préparée, non désirée, non provoquée, non voulue. J’insiste car ce dernier point est très important : Albert me rencontra à chaque fois de manière fortuite (c’est-à-dire qu’il ne « payait pas le prix pour me rencontrer) et malgré cela il repartait de nos rencontres avec de précieuses informations. Compte tenu de mon authenticité et ma générosité dans l’échange, je donnai beaucoup à Albert et mes qualités d’enseignant me permettait de vulgariser à Albert certaines notions en les rendant accessibles.

Albert n’avait pas payé le prix pour me rencontrer. Notre rencontre était « gratuite » or les informations que je lui fournissais valaient de l’or !

C’est ma plus grande erreur dans cette relation. En réalité, dès le début cela avait mal démarré. J’avais trop donné d’un coup à quelqu’un qui n’avait fait aucune démarche pour l’obtenir.
Cela peut vous paraître simple et évident mais ce point est crucial dans la qualité d’une relation.
En clair si Albert avait pris son téléphone, composé mon numéro pour me joindre et m’avait demandé si il pouvait me rencontrer car il avait des questions sur la profession de mon épouse puisque lui-même était intéressé par son domaine…cela aurait COMPLETEMENT changé la relation. Nous nous serions rencontrés lors d’un moment dédié et cela aurait établi une base plus saine pour nos échanges. L’erreur en ce qui me concerne réside dans le fait d’avoir accepté de répondre à des questions précises dans un cadre informel. En effet en faisant cela j’avais autorisé Albert à être plus entreprenant dans ses questions et ainsi franchir des étapes avec lesquelles je n’étais pas en accord jusqu’à ce fameux « et ta femme ça va ? ».

Règle numéro 2 : vous êtes responsable !

La plupart des gens dans un conflit accusent l’autre partie d’avoir été mauvaise à leur égard, d’être méchante etc…
Je vous propose une autre manière de voir les conflits en vous recentrant sur votre responsabilité.
en quoi suis-je responsable de la situation, en quoi ai-je provoqué cet état dans la relation.

La plupart des gens voient ce que les autres leur font mais il ne voient pas ce que eux-mêmes font, qui provoque, ce que les autres leur font 😊😊😊

Et c’est pourtant là que réside la clé à de nombreuses situations conflictuelles.

Le concept de l’autorisation :

Une personne ne peut pas avoir un comportement à votre égard sans votre « autorisation ».
Mais comment est-ce possible Ahmed ? vous voulez dire que nous demandons aux autres de se comporter mal avec nous ??

Ce n’est pas exactement cela. Nous ne leur demandons pas, nous leur donnons l’autorisation. Qu’est-ce que cela signifie ? En clair lorsque vous communiquer avec des personnes vous envoyer des signaux, des éléments qui vont renseigner votre interlocuteur sur ce qu’il peut faire ou ne pas faire avec vous, sur ce qu’il peut se permettre de dire ou de faire, vous fixez en quelque sorte les limites de la relations.

Illustrons cela par quelques exemples :

Vous démarrez un nouveau job dans une entreprise et on vous propose de prendre un café mais une fois arrivé devant la machine votre collègue découvre qu’il n’a pas de monnaie. Etant nouveau dans l’entreprise et plein d’enthousiasme vous prenez les devants et payer votre café ainsi que celui de votre collègue. Jusqu’ici tout va bien jusqu’au jour où cette même situation se répète plusieurs fois au point d’en faire une sorte « d’habitude ». Une fois le délai du jeune arrivant passé, vous avez pris vos marques dans l’entreprise et vous ne tolérez plus ce type de comportement contraire à vos valeurs. Lorsque votre collègue vous rejoue la même scène, vous lui signifiez qu’il pourrait arrêter d’être radin et enfin se payer son café. Votre collègue n’accepte pas ce manque de respect à son égard et c’est le début du conflit…

En ayant accepté à maintes reprises de payer le café sans rien dire, vous avez créé ce qu’on appelle une redondance. Votre collègue s’habitue à cela et donc vous lui donnez une autorisation implicite à ne pas payer. C’est comme si vous lui disiez : « c’est moi qui paie le café, cela fait partie de mes tâches ».

Autre exemple :

Une personne de votre famille vient vous rendre visite sans vous prévenir. Vous ouvrez la porte et l’accueilliez comme si de rien n’était. Vous ne lui faites aucune remarque sur le fait qu’elle aurait peut-être pu prévenir avant de venir. Or dans votre vision du monde on ne va pas chez les gens sans prévenir ! On appelle pour demander si cela ne les dérange pas, peut être les personnes que nous allons visiter sont fatiguées, souhaitent sortir ou tout simplement ne souhaitent pas recevoir pour le moment. La même scène se répète une deuxième fois. Vous ne dites rien. Au contraire même, vous recevez la personne en ne lui faisant aucun reproche, vous l’accueillez avec le sourire et tous les usages de bonne conduite à avoir avec les invités (même lorsqu’ils s’invitent eux-mêmes … 😊 )
Puis la scène se répète une troisième fois et une quatrième…jusqu’à ce que vous soyez exaspéré et que vous vous décidiez d’accorder moins d’attention et de présence à votre relation si elle se présente à nouveau : vous remarquez qu’à chaque fois que cette personne vient vous avez pris l’habitude de tout arrêter et de vous occuper d’elle. Vous ne trouvez plus cela normal et décidez donc de changer. Votre interlocuteur quant à lui comprendra que vous voulez changer les règles de la relation et il ne va pas l’accepter. Il vous fait une remarque en vous disant de rester discuter avec lui, de lui servir quelque chose à boire…et là vous explosez en expliquant à la personne que cela ne se faisait pas de venir chez les gens sans prévenir et que vous êtes fatigués de ce comportement irrespectueux et vous lui dites tout le bien que vous pensez des gens comme lui….

Votre interlocuteur outré de votre réaction quitte votre domicile en colère et promet de ne plus jamais y remettre les pieds.
Bravo, vous venez de créer un conflit avec une personne !

Que s’est-il passé ?
lorsque la personne vient pour la première fois chez vous de manière inopinée, il faut que vous ayez une connaissance fine de vos valeurs pour savoir ce que vous acceptez comme comportements et ceux que vous refusez. Avec une bonne connaissance de soi, vous auriez pu dès le départ à la 1ère ou la 2ème visite montrer clairement à votre interlocuteur de ne pas recommencer cela. Sans l’agresser, sans être discourtois à son égard mais simplement avec votre communication non verbale. Une communication fermée, expéditive en termes de contenu, une communication orale brève, ne pas poser de questions pour ne pas laisser à cette personne le temps de développer ses idées. Bref montrer à son interlocuteur qu’il dérange. Vous pouvez lui ouvrir la porte, le remercier d’être venu vous voir, que c’est gentil de penser à vous… et puis faire autre chose pendant qu’il est là comme faire du repassage, du ménage, lire une histoire à vos enfants… bref toute action qui montrerai à votre interlocuteur que ce n’est pas le moment de venir et lorsqu’il comprendra après avoir été mis à l’écart et se sera décidé à partir,  vous pourrez lui glisser : « la prochaine fois appelle moi avant comme ça je pourrais t’accueillir dans de meilleures conditions… ».
Ne vous inquiétez pas le message sera passé et bien reçu.

En ne disant rien, voire pire en accueillant avec le sourire cette personne et en arrêtant vos activités qui étaient prévues sur ce temps, vous autorisez l’autre personne à continuer sur sa lancée, vous lui donner l’autorisation de venir sans prévenir car vous avez du temps pour cette personne, vos tâches personnelles sont moins importantes et cette personne a reçu une autorisation implicite de votre part pour penser cela et agir de la sorte.

 

Partagez dans les commentaires des situations où vous avez donné autorisation à des personnes d’interagir avec vous d’une certaine manière sans le savoir ou de manière inconsciente

Merci

 

Ahmed

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Ahmed

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