Fin de mission brutale : gestion et enseignements

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Fin de mission

Mercredi 11 décembre 2019, je reçois un appel de mon client m’annonçant la fin brutale de ma mission pour le vendredi 21 décembre 2019.

J’avais déjà entendu des cas de freelances auxquels on avait annoncé leur fin de mission de manière brutale ou des salariés qui avaient travaillé pendant des années dans la même entreprise comme par exemple le cas des salariés de l’ex usine Samsonite de Hénin Beaumont. Rappelez-vous, l’entreprise Samsonite avait cédé son usine à une petite société qui avait fait faillite 2 ans plus tard. Il a fallu attendre 11 ans pour les 193 salariés de l’usine pour obtenir gain de cause : la justice avait reconnu le caractère frauduleux de cette affaire ! Samsonite avait mis en place ce procédé pour éviter les frais liés à un plan social. J’avais également vu des reportages sur le caractère incertain et aléatoire de certaines professions comme les agriculteurs, les intermittents du spectacle etc. J’avais également des amis consultants en ESN qui avaient connu des périodes d’intercontrat. Mais depuis mon entrée dans le monde du conseil, je n’avais jamais connu cela personnellement et aujourd’hui ça m’arrivait à moi…
J’ai géré comme j’ai pu cet évènement avec la période qui a suivi et suis passé par différentes phases. Aujourd’hui avec du recul et même si cela n’est pas fini, je ressors grandi de cette période et je souhaite vous partager ici les deux plus grands enseignements que je retire de cette expérience.

Premièrement : L’Humilité

Lorsque l’on m’a annoncé la fin de mon contrat sans préavis, évidemment je n’ai pas sauté de joie.

Je suis quelqu’un qui prend les choses souvent avec beaucoup de recul et de sagesse et je m’efforce dans la mesure du possible de trouver quel serait le bien caché dans toute situation en apparence négative. Cela m’aide à positiver et à donner un cadre de lecture différent de celui que la plupart des personnes empruntent face à une épreuve.

Parmi les éléments qui m’ont permis d’atténuer la douleur il y avait :

-le fait que je n’étais pas le seul concerné : en effet une soixantaine de consultants freelance étaient dans le même cas que moi. J’étais un élément parmi d’autres noyé dans cette vague de départ inopinée ;

– Un autre point était le fait que j’avais pu négocier 1 mois de préavis de départ avec l’ESN référencée, j’avais donc 1 mois payé suite à cette fin de mission brutale ;

-la quantité d’offres : au début je ne me suis pas plus inquiété que cela, je regardais les offres et il fallait reconnaître qu’il y avait beaucoup de besoins dans mon domaine, c’était un fait.

-Enfin j’avais de la trésorerie qui m’offrait une certaine visibilité, ce n’est pas comme si j’étais complètement à sec et donc 100% en galère.

Tous ces éléments « positifs » entre guillemets ne m’ont pas aidé à avoir une posture d’humilité. J’étais sûr de moi !

Et comment ne pouvais-je pas l’être : le marché était porteur, je disposais d’excellentes références, j’étais conscient que j’assurais en entretien, mon CV était très bien. Bref tous les voyants étaient au vert pour pouvoir démarrer une nouvelle mission et très vite !
A l’heure où j’écris ces lignes nous sommes le 22/03/2020 et je n’ai toujours pas signé pour une nouvelle mission… J’avoue que je n’aurais jamais imaginé me retrouver dans une pareille situation.

A ce jour j’ai envoyé plus de 150 candidatures, j’ai eu un nombre d’appels incalculable, personne ne m’a dit votre profil ne nous intéresse pas, bien au contraire je recevais et reçois encore des messages sur Linkedin me faisant part de l’intérêt qu’on porte à mon profil, de la qualité de mon CV, des missions que j’ai réalisé etc. Au début de mes recherches, tout ceci n’a fait qu’augmenter ma certitude et ma confiance en moi, j’étais sûr de trouver une mission très vite, cela allait arriver incessamment. Mais les jours passaient, puis les semaines et maintenant les mois et toujours rien !

Sur la totalité des candidatures envoyées j’ai passé en tout seulement 5 entretiens clients. Mon premier entretien était chez la BNP, celui-ci s’était très bien déroulé et la commerciale qui m’avait accompagné avait affirmé à l’issue de l’entretien : « je buvais tes paroles ! ». J’avais effectivement fait mon show comme à mon habitude et le client acquiesçait en m’écoutant, je recevais donc du feedback en live lors de ma soutenance. J’étais plutôt satisfait de ma performance et confiant dans le résultat. Cependant à ma grande déception la réponse fut négative.
Même scénario pour les autres entretiens, cela se passait très bien, je répondais à toutes les questions du client, posait en retour des questions pertinentes et ciblées mais je ne faisais pas mouche !

Pourquoi !?

Il était temps pour moi de démarrer une réelle introspection 

J’ai pris du temps avant que je ne commence à comprendre ce que je devais comprendre. Une fin de mission est forcément une “mauvaise nouvelle” pour la majorité des gens, toutefois je ne voulais pas sombrer dans le négativisme et avait un désir ardent d’avancer et de dépasser ce moment délicat.
Car en effet, j’étais intimement convaincu du fait que cette épreuve était un cadeau pour moi, un cadeau pour grandir, pour évoluer, pour m’améliorer, en somme une occasion pour devenir une meilleure personne.
Mais qu’est-ce que je devais comprendre ? Que signifiait tout cela ? Pourquoi ce grand écart entre mes actions pourtant conformes aux attendus et les résultats obtenus ? Quel était l’enseignement caché derrière ce que je considérais comme des échecs à répétition ?
Toutes ces questions me trottaient dans la tête et j’ai fini par découvrir que j’ai pu faire preuve d’un manque d’humilité dans certaines situations. Aujourd’hui j’ai appris que ce n’est pas parce que on est diplômé, bon communiquant, disposant de solides références etc que l’on va nécessairement, obligatoirement décrocher une mission. C’est beaucoup plus complexe que cela. Aujourd’hui je reste humble en toute circonstance, tout ce qui m’arrive n’est pas le fruit nécessairement de mes actions, la conséquence d’un effort de ma part. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas faire d’effort ! Il faut faire des efforts, refaire son CV, travailler sa présentation, postuler etc etc faire les causalités et rester humble quant aux résultats obtenus.
Par ailleurs je regrette également certains de mes propos sur l’importance du savoir-être et la réussite qui doit découler nécessairement d’un bon savoir-être. Cette relation de cause à effet n’est pas vraie.
Bien sûr qu’il faut travailler son savoir-être, sa gestion émotionnelle, son intelligence relationnelle, sa communication, mais ce n’est pas cela qui va vous donner obligatoirement une mission ! Ce serait mentir que de prétendre le contraire. Cela constitue une cause parmi tant d’autres mais en aucun cas cela apporte directement la réussite.
me diriez-vous : et mon titre de blog alors ? « Savoir-être pour réussir »

La promesse semble claire : vous travaillez votre savoir-être et vous allez réussir…. La relation de cause à effet n’est pas si immédiate que cela. Le travail lié au savoir-être est fondamental mais ne garanti ni le succès ni la réussite et encore moins d’une fin de mission brutale comme celle que j’ai vécue.

Des enseignements découlent des actions, car cela serait idiot et dommage de tirer des enseignements sans prendre des actions qui modifieraient mon comportement. Si je prétends avoir compris des choses, il est nécessaire de modifier conséquemment mon comportement et le mettre en conformité avec les nouveaux enseignements.

Concernant l’humilité, c’est un travail intérieur qu’il est nécessaire de mener, un travail d’ordre spirituel, un travail du cœur. Je dois cesser de me croire invincible face au marché et toujours garder une posture humble face aux succès que je pourrai rencontrer. Car on ne sait pas de quoi demain est fait et le risque est grand de s’accorder les mérites d’un succès alors que le mérite ne nous revient pas en totalité, c’est cela l’humilité. Je regrette également certains de mes propos qui établissait une relation entre le savoir-être et la réussite aux entretiens d’embauche, ce n’est pas vrai. J’ai supprimé les vidéos dans lesquelles je tenais ces propos.

Deuxième enseignement : la prise de conscience de l’incertitude dans laquelle nous évoluons
Nous sommes dans un monde « VUCA » (ou « VICA » en français) acronyme utilisé pour Volatility, uncertainty, complexity, ambiguity. Le monde est Volatile, Incertain, Complexe et Aléatoire (ou ambigu) comme l’écrit Frédéric Laloux dans son livre Reinventing Organizations il est nécessaire de s’adapter en réinventant nos modes de management à la lumière de ces nouveaux paramètres.

Le monde d’aujourd’hui n’a jamais été aussi volatil, incertain, complexe et aléatoire. Dans ce monde, il est difficile de faire des prévisions à moyen terme et les certitudes d’hier ne sont plus vraies aujourd’hui. On le voit avec la crise du coronavirus, qui aurait cru que de grandes entreprises comme Air France arrêterait 90% de son activité ? qui aurait cru qu’un grand groupe automobile comme Renault fermerait ses usines ? que la majorité des restaurants fermeraient avec une énorme réduction du chiffre d’affaire en conséquence ?
Bref les certitudes d’hier avec les plans économiques avec une vision à 3 ans, les prévisions de développement, les habitudes de consommations, etc ne sont plus valables. Personne n’est à l’abri de l’arrêt d’un contrat, d’un changement des règles inopiné ou d’une fin de mission subite.

Pour s’en sortir il est nécessaire de s’avoir s’adapter en permanence face à un monde qui change.
Bien évidemment j’étais conscient « rationnellement » de cela mais je pense qu’il fallait que je vive une telle expérience pour l’intégrer profondément « dans le muscle ».
De ce fait, il est nécessaire pour moi de remettre en question profondément mon mode d’intervention. J’ai vraiment pris conscience qu’il me fallait diversifier mes revenus et ne plus me reposer sur un seul client en tant que freelance notamment.
Mon activité de freelance est « fragile » et dépend de trop de facteurs pour constituer l’exclusivité de  mon activité. Il est devenu nécessaire de diversifier mes sources de revenu notamment au travers d’investissement dans plusieurs secteurs, je pense notamment à l’immobilier mais également la formation, la restauration ou un autre business prometteur. Dans ce monde incertain, se diversifier apparaît pour moi comme une évidence.

Vous l’aurez compris, cette fin de mission a été pour moi une source d’enseignements et de prises de décisions qui m’aideront à devenir meilleur.
Il y a encore de nombreux enseignements à cette période et le temps me permettra certainement d’en découvrir d’autres… A suivre donc !

 

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Ahmed

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