Le concept de l’autorisation dans les relations

Avez-vous déjà entendu parler du concept de l’autorisation ?
Vous est-il déjà arrivé de ne pas comprendre l’attitude de certains de vos collègues à votre égard ? De ne pas comprendre pourquoi certaines personnes vous parlent d’une manière qui vous déplaît sans que vous ne disiez rien ? De ressentir de la frustration dans des échanges, là où vous auriez aimer vous affirmer ?
J’ai vécu les mêmes problématiques avant de découvrir le concept de l’autorisation. A travers ce concept simple, j’ai saisi pourquoi j’étais (en partie) responsable du comportement des autres vis à vis de moi. Je pouvais en effet agir indirectement sur le comportement des autres en agissant d’abord sur mon comportement.

Pour expliquer cela, laissez-moi vous raconter ci-dessous une anecdote illustrant parfaitement le concept de l’autorisation.

Autorisation clé

Récit de mon anecdote sur le concept de l’autorisation

Contexte de l’anecdote

Mon épouse est psychothérapeute. Au démarrage de son activité, j’étais tellement heureux pour elle et tout excité que je partageais cette nouvelle avec tout le monde. J’avais pris en photo sa carte de visite et l’avais envoyé à mes contacts. Un d’eux (appelons le ici ‘‘Albert’’) qui était TRÈS intéressé par ce milieu, me posait un tas de questions! Quelles études avait-elle suivie, sur son carnet d’adresse, si elle avait beaucoup de clients, quels types de problématiques elle traitait…etc

En bon avocat -aussi par fierté- je me mis à argumenter, vanter les mérites des différents établissements qu’elle avait fréquenté. Sans le savoir je donnai une autorisation inconsciente à Albert d’en demander davantage.

J’ai oublié de préciser que je rencontrai Albert sur le quai du métro. Nous partagions notre trajet au cours duquel il me posait des questions et moi : je répondais…

La routine s’installe…

Cette situation s’installa dans le temps sans qu’elle ne vienne me poser un quelconque problème. Ceci se poursuivi donc, jusqu’au jour où l’excitation passée je commençais à prendre du recul. Et donc à récupérer toutes mes capacités d’analyse. Je notai alors que Albert ne s’intéressai à moi (ou plutôt à l’activité professionnelle de mon épouse) uniquement par intérêt. Le fait d’avoir aiguisé mes sens et mon analyse de situation me fit voir des nouvelles choses. Des choses que je voyais en réalité déjà mais que je passais sous silence ou que je refoulais.
Parmi les choses m’ayant le plus interpellé : Albert avait pris l’habitude et la liberté de poser à chacune de nos rencontres une même question. La question exacerbante suivante :

« et ta femme ça va ? »

Au début ceci m’avait bousculé mais étant de nature gentille j’avais fait l’effort de rejoindre Albert dans son monde et j’avais compris ce qu’il voulait dire.

Ceci m’avait heurté dans ma “carte du monde” telle que définie par Alfred Korzybski. Car je trouvais cette question déplacée et impudique. Je suis convaincu qu’Albert ne cherchait aucunement à me blesser ou me provoquer mais moi cela me gênait. Il voulait simplement dire à travers cette question maladroite :

 « parle-moi de l’activité de ta femme, a-t-elle beaucoup de patients qui viennent consulter ? a-t-elle suivi une nouvelle formation ? comment a-t-elle financé son parcours et obtenu tous ses diplômes… »

voilà ce à quoi pensait Albert à travers la question « et ta femme, ça va ? ».

Déclic

Je n’avais pas réagi sur le coup. Lorsque je dis je n’avais pas réagi c’est-à-dire extérieurement, mais intérieurement j’avais réagi. Emotionnellement j’étais touché. J’éprouvais de la colère face à cette situation, de l’irrespect pour ma personne. Je m’étais donc préparé à une prochaine rencontre avec Albert pour avoir de la répartie lorsqu’il me poserait cette question. L’occasion se présenta et Albert était en compagnie d’une tierce personne. Je décidai alors de les rejoindre et d’affronter mes peurs,

car oui j’avais peur! Peur d’affirmer mes positions surtout quand il n’y a pas de conflit apparent. Quand les choses se sont installées et les rôles de chacun des protagonistes endossés.

Action

Je les rejoignis, échangeons quelques phrases sur l’actualité en surface. Très vite Albert ne résista pas à me poser la question fatidique « et ta femme ça va ? »

Il me fallait inverser la vapeur et cesser cette autorisation. Alors je pris une grande respiration, une posture ouverte. Et le regarda droit dans les yeux avec un sourire, je lui rétorqua :

« oui très bien !  et toi ta femme ça va ?? »

A ce moment son visage se troubla. Il essaya de marmonner quelque chose mais n’y parvins pas. Alors je me suis orienté vers la troisième personne pour réorienter la discussion et embrayer sur un autre sujet….

J’étais fier de moi. Fier d’avoir géré cette relation qui n’était pas saine pour moi, pas écologique pour mon système. Plus tard lorsque je recroisai Albert toujours de manière inopinée, celui-ci ne me parla plus jamais de ma femme. Le message était passé. Puis avec le temps nos rencontres se firent de plus en plus espacées. Les rares fois où je le croise nous échangeons quelques mots, nos discussions sont superficielles. Elles s’apparentent à celles que vous pourriez avoir avec votre boulanger ou votre coiffeur, des discussions de surface.

Analyse de mon anecdote sur l’autorisation :

Analysons cette anecdote, point par point, pour dégager les « erreurs » commises. Celles qui auraient pu conduire à un conflit si je n’étais pas sensibilisé à l’intelligence relationnelle.

Ceci permettra de mettre en exergue les concepts clés à retenir notamment celui fondamental de l’autorisation.

Règle numéro 1 : Payer le prix 

payer le prix

J’avais précisé que Albert et moi nous nous rencontrions de manière fortuite, non préparée, non désirée, non provoquée, non voulue. J’insiste car ce dernier point est très important. En effet, Albert me rencontrait à chaque fois de manière fortuite (c’est-à-dire qu’il ne « payait pas le prix pour cela). Et malgré cela il repartait de nos rencontres avec de précieuses informations. Compte tenu de ma générosité dans l’échange car je donnai beaucoup à Albert. Mes qualités d’enseignant me permettaient de vulgariser à Albert certaines notions en les rendant accessibles.

Albert n’avait pas payé le prix pour me rencontrer. Notre rencontre était « gratuite » or les informations que je lui fournissais valaient de l’or !

C’est ma plus grande erreur avec Albert. En réalité, dès le début de la relation cela avait mal démarré. J’avais trop donné d’un coup à quelqu’un qui n’avait fait aucune démarche pour l’obtenir.
Cela peut vous paraître simple et évident mais ce point est crucial dans la qualité d’une relation.
Il aurait suffit qu’Albert me demande s’il pouvait me rencontrer étant lui-même intéressé par le domaine de mon épouse. Cela aurait COMPLETEMENT changé la relation. Nous nous serions rencontrés lors d’un moment dédié : cela aurait établi une base plus saine pour nos échanges. L’erreur me concernant réside dans le fait d’avoir accepté de répondre à des questions précises dans un cadre informel. En faisant cela j’avais autorisé Albert à être plus entreprenant dans ses questions. Il franchissait des étapes avec lesquelles je n’étais pas en accord jusqu’à ce fameux « et ta femme ça va ? ».

Règle numéro 2 : vous êtes responsable !

La plupart des gens dans un conflit accusent l’autre partie d’avoir été mauvaise à leur égard, d’être méchante etc…
Je vous propose une autre manière de voir les conflits en vous recentrant sur votre responsabilité.
en quoi suis-je responsable de la situation, en quoi ai-je provoqué cet état dans la relation.

La plupart des gens voient ce que les autres leur font. Ils ne voient pas ce que eux-mêmes font, qui provoque, ce que les autres leur font 😊😊😊

Et c’est pourtant là que réside la clé à de nombreuses situations conflictuelles.

Le concept de l’autorisation :

Une personne ne peut pas avoir un comportement à votre égard sans votre « autorisation ».
Mais comment est-ce possible Ahmed ? vous voulez dire que nous demandons aux autres de se comporter mal avec nous ??

Ce n’est pas exactement cela. Nous ne leur demandons pas, nous leur donnons l’autorisation.

En clair lorsque vous communiquez avec des personnes vous envoyez des signaux. Il s’agit d’éléments qui vont renseigner votre interlocuteur sur ce qu’il peut se permettre de dire ou de faire. Vous fixez en quelque sorte les limites de la relation.

Premier exemple

Vous démarrez un nouveau job et on vous propose de prendre un café. Une fois arrivé devant la machine votre collègue découvre qu’il n’a pas de monnaie. Etant nouveau dans l’entreprise, plein d’enthousiasme, vous prenez les devants et payer votre café ainsi que celui de votre collègue.

Jusqu’ici tout va bien. Jusqu’au jour où cette même situation se répète plusieurs fois au point d’en faire une sorte « d’habitude ». Une fois le délai du jeune arrivant passé, vous avez pris vos marques dans l’entreprise. Vous ne tolérez plus ce type de comportement contraire à vos valeurs. Lorsque votre collègue vous rejoue la même scène : vous lui signifiez qu’il pourrait arrêter d’être radin, enfin se payer son café. Votre collègue n’accepte pas ce manque de respect à son égard et c’est le début du conflit…

En ayant accepté à maintes reprises de payer le café sans rien dire, vous avez créé ce qu’on appelle une redondance.

Votre collègue s’habitue à cela et donc vous lui donnez une autorisation implicite à ne pas payer. C’est comme si vous lui disiez : « c’est moi qui paie le café, cela fait partie de mes tâches ».

Deuxième exemple :

Une personne de votre famille vient vous rendre visite sans vous prévenir. Vous ouvrez la porte et l’accueilliez comme si de rien n’était. Vous ne lui faites aucune remarque sur le fait qu’elle aurait peut-être pu prévenir avant de venir. Or dans votre vision du monde on ne va pas chez les gens sans prévenir !

La même scène se répète une deuxième fois. Vous ne dites rien.

Au contraire : vous recevez la personne en ne lui faisant aucun reproche. Vous l’accueillez avec le sourire et tous les usages de bonne conduite avec les invités (même lorsqu’ils s’invitent eux-mêmes … 😊).

Puis la scène se répète une troisième fois et une quatrième… Jusqu’à ce que vous soyez exaspéré, que vous vous décidiez d’accorder moins d’attention et de présence à votre relation si elle se présente à nouveau. Vous remarquez qu’à chaque fois que cette personne vient, vous avez pris l’habitude de tout arrêter pour vous occuper d’elle. Vous ne trouvez plus cela normal et décidez donc de changer. Votre interlocuteur quant à lui comprendra que vous voulez changer les “règles” et il ne va pas l’accepter. Il vous fait une remarque en vous disant de rester discuter avec lui, de lui servir quelque chose à boire… Et là vous explosez! En expliquant que cela ne se faisait pas de venir sans prévenir, que vous êtes fatigués de ce comportement irrespectueux. Vous lui dites tout le bien que vous pensez des gens comme elle….

Votre interlocuteur outré de votre réaction quitte votre domicile en colère et promet de ne plus y remettre les pieds.
Bravo, vous venez de créer un conflit avec une personne !

Bravo

Analyse et enseignements

Se connaître

Lorsque cette personne vient de manière inopinée, il faut que vous ayez une connaissance fine de ce qui compte pour vous. Il s’agit de vos valeurs : ce que vous acceptez comme comportements et ceux que vous refusez. Avec une bonne connaissance de soi, vous auriez pu dès le départ à la 1ère ou la 2ème visite montrer clairement à votre interlocuteur de ne pas recommencer cela.

Aiguiser sa communication

Sans l’agresser, sans être discourtois à son égard mais simplement avec votre communication non verbale. Une communication fermée, expéditive en termes de contenu, une communication orale brève, ne pas poser de questions. Bien évidemment, vous pouvez lui ouvrir la porte, la remercier d’être venue vous voir, que c’est gentil de penser à vous. Et puis faire autre chose pendant qu’elle est là comme faire des tâches ménagères, du rangement… Bref toute action qui montrerai à votre interlocuteur que ce n’est pas le moment de venir. Lorsqu’elle comprendra et se sera décidé à partir, vous pourrez lui glisser : « la prochaine fois appelle moi avant, comme ça je pourrais t’accueillir dans de meilleures conditions… ». Ne vous inquiétez pas le message sera passé et bien reçu.

Toute la difficulté de l’exercice est là : ne pas lui tenir des propos blessants mais gérer la situation en douceur pour modifier la relation pour en faire une relation saine.

Piège à éviter

En ne disant rien et en arrêtant vos activités qui étaient prévues sur ce temps, vous autorisez l’autre personne à continuer sur sa lancée. Par conséquent vous lui donner l’autorisation de venir sans prévenir.
Le message que vous lui envoyez est le suivant :

“j’ai du temps pour toi”
“mes tâches personnelles sont moins importantes”

Cette personne a reçu une autorisation implicite de votre part pour penser cela et agir de la sorte.

Partagez-moi dans les commentaires des situations où vous avez donné l’autorisation à des personnes d’interagir avec vous d’une certaine manière sans le savoir ou de manière inconsciente et qu’elles ont été les conséquences.

Au plaisir de vous lire,

Ahmed

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Ahmed

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